jeudi, juillet 13, 2006

Page quarante et un

On s'entendait bien avec Juan-Ma. Moi, le foot ne m'intéressait pas, j'étais pas de droite ; alors on parlait de cul. Il me posa la main sur l'épaule et me montra une petite du menton.
- Moi je ne sais pas Baluarte. Je connais que les Espagnoles. Mais les Françaises, elles en ont quand même des mamelles ?
Pépé se pencha sur nous -l'escogriffe mesurait presque deux mètres- et fit disparaître un cure-dents entre ses lèvres.
- Dans les pays riches, y a plus de miches messieurs ! Elles bouffent plus et elles ont plus de gosses ; alors faut comprendre, le matériel s'atrophie.
Cela faisait du bien ce genre de conversation et c'est d'ailleurs à cette heure-ci que j'avais l'habitude de prendre mon premier rouge.
- Alors qu'est-ce que t'as pour aujourd'hui, me demanda Juan-Ma.
- Vous êtes trop vieux pour celle-là.
Après la salve de sarcasmes, je repris :
- C'est une technique qui fonctionne parce que je l'ai testée il y a deux jours. Il faut aller à la fac d'Arts plastiques.
Ils froncèrent les sourcils.
- Tu rentres sans qu'on t'emmerde quand tu es jeune... Bon. Et tu vas directement dans les salles de dessin des premières ou deuxièmes années. Les classes sont bourrées de drôlesses. Y a pratiquement pas de mecs dans les écoles d'art. La peinture et la danse c'est pour les pédés. Et puis les femmes sont plus sensibles que nous...
Ils me regardaient fixement. J'avais leur plein accord. Je commandai un verre.
- Et puis elles sont plus robustes ! qu'il a alors dit Pépé.
- Celle-là, c'est vous qui la payez, vrai ?
- Attends qu'on voit d'abord, dit Pépé.
- Tu rentres dans une des salles. Les petites travaillent devant un modèle à poil ou une corbeille de fruits. Elles sont concentrées. Tu en choisis une, généralement la plus belle. Faut avoir des goûts de riches ! Et tu t'approches de son chevalet sans rien dire, par derrière. Tu la regardes pas pour commencer.

Ouvrage disponible sur Manuscrit.com

Aucun commentaire: