jeudi, juillet 13, 2006

Page dix

Je ne connaissais personne. Les locataires ne se parlaient pas ; la plupart se détestaient. Je savais vaguement qui étaient mes voisins pour les avoirs croisés par hasard devant le chiotte mais surtout, je les connaissais par les bruits qu'ils faisaient dans leurs turnes.
La mienne était située dans l'aile gauche, au bout de plusieurs couloirs humides qui comptaient au moins vingt portes chacun. Une de mes fénêtres donnait sur un patio intérieur. Un peu de lumière du jour entrait par là. En face, d'autres fenêtres, parfois ouvertes, occupées par des silhouettes qui n'étaient même pas curieuses. A l'étage du dessus, sur mon plafond, un vieux s'amusait à cracher de sa fenêtre. C'était sa seule occupation et je voyais à tout bout de champ des mollards tomber comme des fientes d'oiseaux. Pas moyen d'étendre son linge. Quand il se raclait la gorge, le son des glaires se bousculant au portillon emplissait le patio.
La moquette des couloirs rampait jusque dans ma chambre ; même couleur, même odeur. Je ne marchais jamais pieds nus et ne touchais jamais rien dans la piaule. Je n'avais pas fait mienne cette saleté ; la méfiance qu'inspire tout hôtel le premier jour ne m'avait pas abandonnée en trois mois.

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